Introduction : Les altmétriques, c’est quoi ?
Les enseignants-chercheurs sont évalués tout au long de leur carrière. L’indicateur le plus connu est le h-index (ou facteur h) créé par le physicien Jorge Hirsch (2005), est un indicateur d’impact des publications d’un chercheur. Il prend en compte le nombre de publications d’un chercheur et le nombre de leurs citations. Le h-index d’un auteur est égal au nombre h le plus élevé de ses publications qui ont reçu au moins h citations chacune.
Or, les supports de publications et de diffusion évoluent rapidement, c’est pourquoi, des mesures alternatives se développent, en particulier les altmétriques (mesures d’impact alternatives) qui évaluent d’une part, l’activité de publications et, d’autre part, les interactions qu’elles engendrent sur les réseaux sociaux. Ces publications sont diverses : ouvrage, article scientifique, article sur le web vidéo, ensemble de données (dataset) etc…
Les altmétriques utilisent une multitude de sources. Sans être exhaustif, on peut citer : facebook, LinkedIn, les médias traditionnels (Time, Le Monde), les blogs scientifiques, les bases de données (Scopus, Web of Science), les encyclopédies en ligne (Wikipédia), les vidéos en ligne (you tube, daily motion).
De nombreux éditeurs (Springer, Web of Science) intègrent les altimétriques dans leurs interfaces web pour montrer leur visibilité d’un article sur internet. Les revues scientifiques ont des pages web qui reprennent le nombre de citations par les articles des revues scientifiques indexés dans les bases de données bibliographiques internationales (Web of Science, Scopus).
Les altmétriques ont deux caractéristiques. La première est qu’ils sont mis à jour en temps réel. La seconde est qu’ils prennent en compte un grand nombre de sources d’information et la diversité des productions.
La signification des altmétriques et le cycle de vie
Les altmétriques sont des mesures quantitatives représentées par une valeur chiffrée, un graphique en couleur (barre cumulée par exemple). On peut faire ressortir par exemple le nombre de pages web visitées, les likes, le nombre de téléchargement, le nombre de mentions de la publication ou de l’information dans les articles de presse.
Désormais, lorsqu’un éditeur scientifique publie un travail, il lui attribue un numéro d’identification DOI (Digital Object Identifier). Toute interaction faite à partir de ce DOI peuvent être suivies. Un cycle de vie commence avec par la mention de la publication sur les réseaux (exemple facebook) puis par les utilisations au travers de signets (exemple Mendeley) ou vues (exemple Research Gate) et enfin par les citations bibliographiques.
Altmétrique vs h index : complémentarité ou substituabilité ?
Les almétriques sont parfois considérés comme une nouvelle mesure qui vont remplacer les indicateurs traditionnels. Pour autant, il convient de modérer ce propos. Les altmétriques n’ont pas pour objectif de remplacer les indicateurs traditionnels (h-index, g-index[1], SJR -Scimago Journal Rank-[2]) qui permettent une bonne diffusion des connaissances (Ewell, 2009) et de mesurer le statut d’un chercheur dans sa communauté (Lee et al., 2012).
Les altmétriques 1/ évaluent l’activité web engendrée par les partages sur les réseaux sociaux, 2/ utilisent un panel de sources plus larges que les indicateurs traditionnels, et 3/ proposent des mesures immédiates alors que les indicateurs traditionnels sont calculés sur une ou plusieurs années.
Les altmétriques peuvent être considérés non pas comme un changement de l’évaluation de la recherche (Moed et Halevi, 2015) mais plutôt comme un complément. Les altmétriques, même si ils ne sont exempts de limites, ont finalement plusieurs avantages par rapport aux métriques traditionnelles : l’étendue (mesure de l’impact sociétal et académique), la diversité (prise en compte de toutes les productions), vitesse (mesure en temps réel).
Les limites des almétriques
Si les indicateurs traditionnels partagent des limites communes avec les altmétriques (mesures quantitatives et non qualitatives, homonymie des noms, plusieurs versions d’une même publication), ils ont également des limites propres. Premièrement, les sources de données sur lesquelles elles sont calculées sont instables et parfois non pérennes. Deuxièmement, elles ne représentent pas une évaluation par les pairs selon les standards classiques et peuvent alors refléter autant un impact scientifiques réel qu’une simple attention sociale.
Conclusion
Les altmétriques sytématisent l’utilisation des médias sociaux dans la phase de promotion des résultats et popularisent le dépôt d’articles au sein des archives ouvertes. Cette évolution peut amorcer un passage du « publish or perish » vers le « promote or perish ».
Eric Séverin, David Veganzones
Bibliographie
Ewell P., 2009, Assessment, accountability, and improvement, NILOA Occasional Paper, vol 1.
Hirsch J.E., 2005, An index to quantify an individual’s scientific research output, Proceedings of the National Academy of Sciences, vol 102, n°46, p. 16569-16572.
Lee L; Pusek S., McCormack W., Helitzer D., Martina Camille A., Dozier Ann M., Ahluwalia Jasjit S., Schwartz Lisa S., McManus Linda M., Reynolds Brian D., Haynes Erin N., Rubio Doris M., 2012, Clinical and translational scientist career success: metrics for evaluation, Clinal and transactional science, vol 5, n°5, p. 400-407.
Moed H., Halevi G., 2015, Multidimensional assessment of scholarly research impact, Journal of the Association for Information Science and Technology, vol 66, n°10, p. 1988-2002.
[1] Le facteur g est une variante du facteur h. Le facteur g est le plus grand nombre d’articles pour lesquels il est vrai de dire que l’ensemble des g articles ont reçu au moins g² citations.
[2] Le Scimago est le nombre de fois où en moyenne un article dans une revue donnée est cité par d’autres articles, chaque citation étant pondérée par la notoriété de la revue citante. Le SJR d’une revue J en l’an X est le nombre de citations reçues en l’an X par l’ensemble des articles publiés dans la revue J au cours des 3 années précédentes, pondérées par la notoriété des revues citantes, divisé par le nombre d’articles publiés par la revue J pendant la même période.

