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Comment accéder au New Normal de l’éducation ?

En période de crise, il est souvent tentant de se replier vers le business as usual et sur les vieilles habitudes mais c’est bel et bien dans la prise de risque et dans la considération de nouvelles pratiques que parviennent à s’accomplir aujourd’hui les campus d’enseignement supérieur. Dans un monde complexe et incertain il devient en effet risqué de s’appuyer sur les recettes du passé. Les campus doivent au contraire être attentifs aux changements d’usage, saisir les signaux faibles, pour devenir ce qu’il convient désormais d’appeler « The new Normal Education ».

Pour maintenir une activité et poursuivre leur croissance, les entreprises du secteur de l’éducation ont besoin de comprendre et de prendre en compte dans leur approche pédagogique, les nouveaux usages des étudiants, ainsi que les nouveaux besoins des entreprises pour être en mesure de leur fournir les compétences nécessaires. Cela exige de nouveaux moyens de détection des signaux faibles avant que ces changements soient plus structurels et placent les campus en position de suiveur plutôt que de leader. Une cartographie des changements comportementaux, permettant de reconstruire avec précision quels assets risquent d’en subir les conséquences ou d’en bénéficier, peut être un point de départ intéressant. Le confinement a obligé les établissements d’enseignement supérieur à assurer la continuité de service grâce aux outils digitaux, ce qui a obligé les enseignants de se défaire du modèle magistral et a boosté l’innovation pédagogique. Celle-ci est devenue fondamentale. En cas de manque de gestion de ces nouveaux usages, les établissements d’enseignement supérieur prennent le risque de laisser les edtechs restructurer le marché.

Une fois les grandes nouveautés comportementales et leurs conséquences sur la chaine de valeur de l’enseignement supérieur identifiées, il est nécessaire de prévoir leurs temporalités (court ou long terme) et la date d’apparition (avant ou après la COVID), afin de mesurer si la tendance est un accélérateur, c’est-à-dire une différence temporaire entre avant et après la COVID, un activateur, c’est-à-dire une activation de tendances, un glissement c’est-à-dire une tendance temporaire ou enfin une rupture, c’est-à-dire une nouvelle tendance qui s’installera dans la durée.

Grâce à cette méthode, il est possible de mieux appréhender ce que le marché attend des acteurs de l’éducation en termes d’expérience d’apprentissage. En quelques semaines, la COVID a considérablement modifié nos manières de vivre et de travailler. A l’instar des entreprises, les campus de formation doivent eux aussi saisir l’incertitude comme une opportunité. Dans le domaine de l’éducation, il faut reconnaitre que la crise de la COVID a installé des changements durables qui définissent désormais le « New Normal » de l’éducation. Auparavant, les débats sur les pédagogies innovantes, l’introduction des nouvelles technologies dans l’expérience d’apprentissage, l’industrie de l’éducation,  le changement de fonction de l’enseignant étaient décrits comme « le nouvel apprentissage » ou « le futur de l’éducation » ou encore « les compétences de demain ». Le contexte sanitaire a désormais érigé tous ces mouvements au rang de nouvelle normalité. Ce qui était auparavant connu que par quelques initiés devient un standard; rendant obsolète toutes les pratiques avant covid.  Un nouveau paradigme s’est imposé, au niveau international, avec « the new normal education » nous obligeant à désapprendre certaines de nos vieilles habitudes. Nous sommes à ce jour en plein creux de la seconde vague en Europe. Les deux confinements ont installé de nouvelles pratiques chez les étudiants et ont transformé significativement nos manières d’enseigner.

La « New Normal Education » s’articule autour de 3 axes :

  • La prise de conscience d’une rupture d’espace / temps : le confinement a imposé une pédagogie omnicanale et a précipité les acteurs de l’enseignement supérieur vers les canaux de distribution digitaux pour assurer la continuité de service, prenant ainsi conscience que le campus n’est plus le seul lieu de savoir. Les étudiants ont donc pu élargir l’expérience d’apprentissage en dehors des limites physiques de l’école, pour acquérir leurs compétences, quand ils le souhaitent, d’où ils le souhaitent, sur le support qui leur semble le plus pratique en interagissant avec leur environnement et leurs semblables pour résoudre  leurs difficultés grâce à une expérience pédagogique unique, intégrée et fluide (quel que soit l’appareil connecté ou le canal utilisé). Les campus cherchant à maintenir les cours durant le confinement ont consacré la majorité de leur temps et de leurs ressources à la création de la meilleure expérience d’apprentissage possible. Ils ont ancré de nouvelles habitudes dans le quotidien de leurs étudiants. L’apprentissage et l’acquisition des compétences n’étaient plus dépendants d’un modèle linéaire adossé aux horaires d’ouverture des campus, aux disponibilités des enseignants, à la segmentation en trimestre ou semestre. La crise a obligé à reconsidérer la structuration de l’année scolaire. L’apprenant n’était plus contraint de gérer lui-même le flot qu’on lui déversait et en faire lui-même sa propre synthèse. Il pouvait travailler en parallèle avec ses pairs. Il avait la possibilité d’articuler plusieurs autorités pour construire son propre parcours basé sur des ressources partagées en valorisant collaboration, mixité et expérimentation.
  • Le changement de fonction de l’enseignant : il n’est plus dans ce contexte celui qui transmet unilatéralement des connaissances. Puisque le flux de savoir est divers, il devient un concepteur et un assembleur de contenus pour construire avec l’étudiant un parcours d’apprentissage personnalisé lui permettant de concrétiser son projet professionnel, en bénéficiant d’un accompagnement dans la construction de son employabilité. Nous assistons, depuis l’enseignement en période de confinement, à un partage des fonctions du formateur qui est en train d’investir l’ensemble de la chaine de valeur de l’enseignement supérieur. Le formateur doit donc concevoir ses supports multimédias, faciliter l’apprentissage de l’étudiant, résoudre ses difficultés. Ce qui demande bien souvent des compétences supplémentaires qu’ils se sont empressés d’acquérir. A l’avenir et à la faveur de la pédagogie omnicanale, ces fonctions deviendront la spécialisation de plusieurs professionnels.
  • Le format pédagogique : l’utilisation du digital dans la pédagogie, loin de rendre le campus inutile et obsolète renforce le rôle du présentiel dans l’expérience d’apprentissage. Dans un contexte de pédagogie 3.0 où les informations sont partagées en temps réel et accessibles du bout des doigts, se rendre sur un campus impose une autre proposition de valeur permettant de travailler les différentes formes d’intelligences : l’intelligence relationnelle, émotionnelle et cognitive pour tendre vers une intelligence productive qui place le savoir, les connaissances, les datas, au service des activités de production de biens ou de services pour en accroitre l’efficacité et la productivité. Dans cette hybridation, les étudiants apprennent donc à combiner les ressources pour créer de la valeur grâce essentiellement à des idées, des mixages de données, de contenus, d’échanges. Désormais, alors que les étudiants ont accès à des contenus synchrones et asynchrones, leur expérience d’apprentissage se structure autour de principes différents comme la modularité, la co-construction, l’expérience, l’hybridation ou la sérendipité. Le présentiel devra donc proposer une expérience enrichissante aux étudiants leur permettant d’accéder à un casting élargi de formateurs aux parcours différents, étudiants, startupeurs, tuteurs, professionnels experts, financeurs, faisant du campus un lieu d’hybridation où cohabitent et interagissent des expertises croisées autour de situations pédagogiques permettant un nouvel éclairage sur les problèmes professionnels. Ils proposeront aux étudiants des cours, des séminaires, des ateliers d’innovation, des workshops, des conférences proposant aux intervenants de prendre part aux différentes activités portées par le campus, en inversant le schéma pédagogique traditionnel pour passer de la pyramide à l’archipel. La valeur se construit aujourd’hui pour les entreprises par le bas, par co-construction.

Geoffrey Martinache

Références :
Lacroix Ph., Medja A., Gil. Ph. (2016). Neurolearning, Eyrolles.
Barabel M. , Meier O. et al. (2020). Le Grand Livre de la formation, 3ème édition, Dunod.
Poncin M., (2020). Du présentiel au e-learning efficient, Dunod.
Ardouin Th. (2020), Ingénierie de formation, Dunod.

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