Interview de Pierre Valarcher

Pourriez-vous, en quelques phrases, nous présenter la chaire de l’innovation publique, en mettant notamment l’accent sur la singularité ou l’originalité du programme et les attentes qui en sont à l’origine ?

Depuis de nombreuses années, les administrations cherchent à modifier leurs manières de fonctionner (parfois sous la pression des pouvoirs publics mais aussi des usagers). Ce sont l’informatisation et l’approche utilisateur qui vont permettre de retravailler ce fonctionnement.

Ces changements se veulent comme des améliorations des processus aussi bien décisionnels (par exemple, comment prendre en compte les connaissances académiques, les expériences singulières, des souhaits des administrations pour améliorer la qualité des décisions voire la vitesse de ces décisions) qu’opérationnels (par exemple, comment prendre en compte l’expérience des usagers et proposer de nouveaux parcours pour ces usagers).

Mais il ne faut pas que le numérique et le design favorisent uniquement une approche technique aux envies de transformation des services publics.

La chaire innovation publique a pour rôle de formaliser des connaissances, expérimenter des pratiques mais aussi former les intéressés (fonctionnaires, politiques en particulier) afin que les choix soient justifiés.

Pour cela elle s’appuie sur deux écoles ayant chacune une expérience propre : l’École Nationale de l’Administration (ENA) et L’École Nationale Supérieure de la Création Industrielle (ENSCI).

Ces deux écoles ont une longue expérience de formation tout au long de la vie et une approche pédagogique par le projet.

Quel est l’environnement académique mais aussi sociétal dans lequel entend s’ancrer la chaire ? Quels sont ses atouts pour cela ?

La Chaire réunie maintenant quatre établissements l’ENA, l’ENSCI, l’école Polytechnique et IEP de Paris. L’initiative ayant été prise par l’ENA et l’ENSCI, il y a maintenant 2 ans. C’est l’approche de l’ENSCI qui apporte, à mon avis, la plus grande originalité dans le projet. Cette école a une renommée internationale certaine dans le design de processus et dans la pratique de l’expérimentation sur le terrain ; idées et concepts qui avaient plutôt été ignorés dans le monde des services publics. Enfin, l’ENA est bien connue pour former les cadres à tous les niveaux de l’administration publique.

Les deux autres établissements (X et Sc Po), outre leur renommée internationale, sont des acteurs majeurs de la recherche et la formation des cadres de la nation.

Les membres fondateurs vont être accompagné par des partenaires issus d’établissements universitaires (l’UPEC souhaite tenir un rôle majeur dans ce partenariat) en apportant aussi leurs contributions scientifiques et leurs terrains d’expérimentations ; on peut citer le monde de la santé avec les CHU ainsi que le monde de la transmission des connaissances avec les INSPE (ex-ESPE).

Une chaire se caractérise par les activités qu’elle crée ou accompagne, pourriez-vous nous les présenter ?

La chaire est structurée en trois axes : un axe concernant le design et l’innovation de l’action publique (conception de politique publique innovante, modes de travail, …), un autre concernant le numérique (transformation du droit, rapport aux usagers, …) et le troisième concernant la gouvernance (pilotage de politique publique, immersions, e-démocratie, …). Le tout est chapeauté par un questionnement sur les nouvelles théories de l’état qui sont en œuvre. Des exemples d’actions réalisées ou en cours : ce que le numérique fait au droit (en cours avec la DINSIC), un module de formation sur l’innovation publique, un studio expérimental sur le Légal Design (en janvier 2019), travail sur l’agence de demain (avec pôle emploi), …

Enfin, comment cette chaire s’inscrit-elle dans votre parcours personnel et plus particulièrement professionnel et scientifique ?

Je suis venu à cette chaire à la suite d’un projet transdisciplinaire qui s‘est déroulé entre 2014 et 2017 sur le thème de « Algorithmes et citoyenneté » au sein de l’UPEC. C’est lors de ce projet que j’ai rencontré Mathias Béjean (MCF-HDR en gestion-design, UPEC). Mathias est responsable de l’axe sur le design et l’innovation dans la chaire. Avec des travaux de recherche en informatique fondamentale (logique, calculabilité) mais plus spécifiquement sur la théorie des algorithmes, j’ai toujours eu des doutes sur l’utilisation du mot algorithme par les non-informaticiens (ce mot n’étant que partiellement formellement défini par les informaticiens eux-mêmes). Et comme ce mot est employé très fréquemment, je me suis dit qu’il fallait que ceux dont c’est le sujet de recherche investissent les disciplines qui l’utilisent. J’ai acquis la conviction qu’à la fois il fallait s’assurer que le concept était utilisé à bon escient mais aussi qu’il fallait écouter ceux qui l’employaient pour théoriser (ou pas) ce qu’ils avaient en tête.

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